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jeudi 5 mai 2011

PORTRAIT : MARIE-ANNE-CHARLOTTE DE CORDAY D'ARMONT DITE "CHARLOTTE CORDAY" !


L’histoire du Pays d’Auge a été marquée par le destin de quatre femmes d’exception, connues du monde entier, dont la moralité, à en croire les mauvaises langues, s’étiole au fur et à mesure que l’on descend le cours des deux fleuves qui arrosent ce pays de cocagne.

Il y eut en effet Sainte Thérèse, au Nord, à Alençon et surtout à Lisieux  (On dit qu’elle influença le pape Jean XXIII tout au long de son concile) ; Marie Harel, née Fontaine, à Camembert ( Elle s’installa et décéda à Vimoutiers comme si elle était lasse de sa situation. D'ailleurs ELLE N'A JAMAIS HABITE CAMEMBERT. Elle est née à CROUTTES, est allée dans une petite ferme à ROIVILLE . L'heure de la retraite venue elle s'est retirée, avec son mari Jacques,  dans une petite exploitation à NEAUPHES SUR DIVES et la mort frappant à sa porte elle a goûté, veuve, quelques années, aux simples bonheurs de la vieillesse à ... VIMOUTIERS ! ) ; Marie Duplessis, la « Dame aux Camélias » à Nonant-Le-Pin et, aux Champeaux-En-Auge, Marie-Anne de Corday d’Armont, l’ « ange de l’assassinat », plus connue sous le nom de « Charlotte Corday » que lui avaient donné ses juges « pour faire court ». Elle fut la créatrice du terrorisme, elle fut la première en effet à légitimer le crime d’Etat .

Les Corday étaient des aristocrates normands qui s’étaient fixés depuis l’époque ducale en Pays d’Auge et dans la campagne d’Argentan. Ils possédaient en effet des domaines dans la région de Falaise, Montpinçon, Boucé, Le Mesnil-Imbert et Les Ligneries.

Le grand-père de Charlotte, Adrien de Corday, était établi au Manoir du Mesnil-Imbert sur le territoire de l’actuelle commune de Le Renouard. Il était cadet de famille comme l’était également son fils Jacques – le père de notre héroïne – qui avait hérité d’une humble longère en pans de bois à quelques centaines de mètres du logis familial au lieu dit « La Ferme des Bois ».

Mais, ce n’est pas en cet endroit que naquit Charlotte Corday le 27 juillet 1768 mais au lieu dit « Le Ronceray » en la paroisse des Ligneries, sur le territoire de l’actuelle commune des Champeaux-en-Auge.
Elle a vu le jour dans une petite maison de deux pièces que Jacques-François de Corday d’Armont avait achetée en 1765 et où il demeurait avec sa famille depuis son départ du domicile paternel.

La chambre natale de Charlotte, qui était mansardée, était située à l’étage, sous les combles. Elle était la quatrième enfant de cette famille noble, certes, mais impécunieuse.

Son baptême eut lieu le lendemain de sa naissance en l’église Saint-Saturnin des Ligneries, paroisse aujourd’hui rattachée à la commune d’Ecorches.
On peut toujours y voir le baptistère du Xve siècle qui fut utilisé pour la cérémonie.

Charlotte vécut au Ronceray jusqu’à l’âge de six ans. Elle s’y ennuya beaucoup et racontera plus tard qu’elle n’avait qu’une hâte : rejoindre au Mesnil-Imbert ses grands-parents qu’elle affectionnait beaucoup et chez lesquels elle passa, dit-elle, les plus beaux jours de sa vie.

Adolescente, elle faisait de longues promenades dans la forêt voisine ou rêvait sous les grands arbres de la cour. Charlotte aimait à jouer avec les enfants des domestiques ou leur apprendre à lire et à écrire.

Elle aimait également se rendre au château de Glatigny, à Saint-Gervais-des-Sablons, où demeurait son cousin Pierre de Corday ou encore à Vicques, paroisse dont le curé était le frère de son père.

En 1782, Madame de Corday s’éteignait en mettant au monde son sixième enfant qui ne lui survécut pas.

Quelques mois plus tard, grâce à une bourse du Roi, Charlotte et sa sœur Eléonore entraient à l’Abbaye aux Dames, à Caen, pour y parfaire leur éducation.
Elle y demeurera neuf ans, assurant, à l’issue de ses études, les fonctions de secrétaire  de l’Abbesse, Madame de Pontécoulant, sa cousine. Malgré cette mission, elle n’en continuait pas moins à venir chaque année passer le mois de septembre au Manoir de Cauvigny.

Après la mort de son épouse, Jacques de Corday s’était retiré rue du Beigle à Argentan.

La jeune femme accueillit la Révolution avec enthousiasme. Elle avait lu tous les ouvrages de Rousseau et de l’Abbé Raynal et était acquise, comme bon nombre d’aristocrates normands, aux « idées nouvelles ».

Elle fut toutefois choquée, le 11 août 1789, par la sauvagerie avec laquelle se déroula l’assassinat du Major de Belsunce, neveu de Madame de Pontécoulant.
L’officier, qui voulait rétablir l’ordre à Caen, fut en effet massacré par une foule en délire. Après que son corps eut été débité, des femmes lui arrachèrent le cœur et le mangèrent.

En mars 1791, la fermeture de l’Abbaye aux Dames mettait définitivement fin à son projet de devenir religieuse.

Dans un premier temps, Eléonore et elle allèrent se réfugier à Argentan chez leur père puis, Charlotte ne supportant pas la faiblesse de caractère de son géniteur, décida de revenir à Caen, demandant à sa riche cousine, Madame de Bretteville, de l’héberger dans son spacieux appartement de la rue Saint-Jean.

Madame de Bretteville, qui vivait seule depuis la mort de son époux et de sa fille unique, accepta avec empressement de l’accueillir.

Elle y côtoya le « monde », fréquentant même des politiques.

Révoltée par les exactions de certains extrémistes, elle « maudit les exaltés qui souillent l’idée républicaine … »

La promulgation de la constitution civile du Clergé ébranla ses convictions mais elle demeura fidèle à ses idées.
Le 28 septembre 1791, lors d’un grand déjeuner donné par sa cousine en présence de son père et de nombreux amis, des cris venus de la rue inondèrent l’appartement.

L’évêque jureur Fauché, un débauché, avait surgi à la tête d’une foule en désordre et haranguait la population caennaise. Leurs cris déclenchèrent l’ire de Charlotte mais quand, à la fin du repas, les convives levèrent leur verre à la santé du Roi, Charlotte refusa de participer à l’hommage et déclara : « Le Roi est faible et un Roi faible ne peut être un bon Roi. Il ne peut faire le bonheur de son peuple. ». Ayant l’art de la formule, elle ajouta : « Les Rois sont faits pour les peuples mais les peuples ne sont pas faits pour les Rois !… »

Quelque temps plus tard, elle assista, une nouvelle fois révoltée, à l’arrivée d’une vingtaine de Girondins à Caen. Parmi eux se trouvaient Barbaroux et Pétion.

Ces Girondins avaient quitté la capitale terrorisés et nourrissaient l’idée de soulever une armée en Normandie et de marcher sur Paris pour renverser la Convention.

Charlotte, qui eut l’occasion de les rencontrer, compris bien vite que ce projet était totalement utopiste.

A la même époque, pour la première fois, elle entendit parler de Marat . L’homme était au fait de sa puissance.

Par une analyse assez simpliste de la situation, elle le rendit responsable des évènements qui ensanglantaient Paris.

En 1792, les aristocrates ayant émigré étaient condamnés à mort et la Convention décrétait la confiscation de leurs biens.
Les massacres qui eurent lieu à Caen fortifièrent la haine de Charlotte à l’égard de Marat.

Le 21 janvier 1793, Louis XVI était exécuté !

Charlotte écrivit alors à une amie : «  Je frémis d’horreur et d’indignation… »

Quelques jours plus tard, elle prenait sa décision. Charlotte allait frapper…

Au début du mois de juillet, elle vint rendre visite une dernière fois à ses grand-parents au Mesnil-Imbert. Elle fit ses adieux aux gens du pays.

Puis elle rentra à Caen et se prépara.
Le 9 juillet, elle prenait la diligence pour Paris.

Le 11 juillet, elle arrivait dans la capitale. Elle descendit à l’Hôtel de la Providence, rue des Vieux Augustins.

Elle se rendit aussitôt chez le député Dupéret pour lui remettre une lettre que lui avait confiée Barbaroux.
Il était absent. Elle déposa la missive à son domicile.
Le lendemain, Dupéret la conduisit au Ministère de l’Intérieur pour effectuer une démarche en faveur de Mademoiselle de Forbin, une émigrée, proche amie de Charlotte mais, Dupéret sachant qu’il était surveillé et menacé conseilla  à Charlotte de regagner Caen au plus tôt.

Elle refusa et écrivit alors son « Adresse aux Français ».

Elle glissa ce texte dans son corsage et le 13 juillet, à 7 heures du matin, Charlotte quitta son hôtel pour se rendre au Palais Royal. A 8 heures, elle pénétra dans une coutellerie, sous l’arcade 117, qui venait d’ouvrir ses portes. Elle acheta pour 40 sols un long couteau de cuisine. Son intention était de tuer Marat à la tribune de la Convention. Elle était persuadée qu’ensuite, elle serait abattue sur place.

En chemin, elle apprit que l’ « Ami du peuple », malade – en fait il agonisait – n’allait plus à l’assemblée et ne quittait plus son appartement.

Elle décida alors de prendre un fiacre et de se rendre au domicile de Marat, rue des Cordeliers.
Simone Evrard, sa compagne, lui refusa l’accès à l’appartement.

Le soir, usant d’un stratagème, elle tenta à nouveau de s’introduire chez lui.
Marat la fit entrer.
Il était dans sa baignoire, en train de rédiger une proclamation sur un écritoire de fortune , le corps trempant dans une eau soufrée et après l’avoir invitée à s’asseoir auprès de lui, il demanda à Charlotte la raison de sa visite.
Charlotte l’informa qu’une armée se soulevait à Caen pour mettre à bas la Convention.
« Je veux des noms ! » s’écria Marat.

La jeune femme hésita puis elle lui donna les noms de ses amis Girondins que Marat inscrivit sur une feuille de papier avant de s’écrier : « Je les ferai tous guillotiner ! »

C’est alors que Charlotte sortit son long couteau et l’enfonça profondément dans la poitrine de Marat. Le cœur transpercé, il mourut sur le coup en s’affalant sur la planche où il écrivait .

Charlotte attendait une mort immédiate qui ne vint pas. Alertés par Simone Evrard, des voisins, des amis du défunt pénétrèrent dans la pièce. Ils frappèrent la jeune aristocrate, la déshabillèrent avant que des gardes n’interviennent pour la soustraire à la vindicte du peuple et la conduire en prison.
C’est là, dans son cachot, qu’elle écrivit sa « lettre à Barbaroux ».
Elle écrivit ensuite une lettre à l’ intention de son père qui se terminait par le célèbre vers de Corneille (son grand-père maternel) : « Le crime fait la honte et non pas l’échafaud ».

Le 16 juillet à 8 heures, elle était traduite devant le tribunal révolutionnaire et le sinistre Fouquier-Tinville, accusateur public, réclama sa tête.
Le soir même, elle était condamnée à mort et le lendemain matin, en présence d’une foule innombrable ; elle fut guillotinée.
Par deux fois, la ville de Vimoutiers a célébré avec faste le souvenir de son héroïne :
en 1936, tout d’abord, en organisant sur l’initiative de Jean de La Varende et du Docteur Jean Boullard un important congrès historique et en 1989, dans le cadre du Bicentenaire de la Révolution Française en mettant sur pied le « Festival Charlotte Corday »qui proposa au public durant tout l’été expositions, festival théâtral, colloques et animations populaires.

On ne peut comprendre Marie-Anne-Charlotte de CORDAY d’ARMONT si on oublie qu’elle était la petite fille de Corneille et … qu’elle n’aimait pas les hommes !*


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